Comptes-rendus conférences

Rubon13

 

Les comptes rendus des conférences mensuelles sont ceux fournis par les auteurs.

 

Avril 2015

"Les tailleresses de la Monnaie de Paris (1640-1783) : des ventres ou des bras?" par Marion Delcamp

  Pour la période précédant l’introduction des moulins, coupoirs et balanciers à la Monnaie de Paris, nous connaissons assez bien les actions que réalisaient les tailleresses (c’est-à-dire les femmes ouvrières de l’atelier) sur les flans : elles les taillaient grâce à des cisailles pour leur donner une forme la plus ronde possible, avant leur impression par les monnayeurs. À cette époque déjà, ces tailleresses avaient la faculté de transmettre leur droit à intégrer l’atelier à leurs enfants mâles, qui pouvaient ainsi devenir ouvrier ajusteur ou monnayeur, mais elles ne pouvaient transmettre ce droit à leurs filles. Ces monnayeurs et ces ouvriers ajusteurs devenus adultes (qui formaient avec les tailleresses la « Compagnie des monnayeurs, ajusteurs et tailleresses de la Monnaie de Paris »), jouissaient également de ce droit qu’ils pouvaient transmettre indifféremment à leurs fils et/ou leurs filles.

  Mais l’introduction progressive du moulin, du balancier et surtout du coupoir à la Monnaie de Paris – à partir de la seconde moitié du XVIe siècle – changea la donne, comme l’explique François Abot de Bazinghen dans son Traité des monnoies : « [du temps de la frappe au marteau] chaque ajusteur avoit avec lui une tailleresse qui avec des cizoirs arrondissoit le flaon a mesure que l’ajusteur l’applatissoit avec un marteau ; mais depuis l’établissement des moulins, les tailleresses font les mêmes opérations que les ajusteurs ». Le laminoir et le coupoir ont tout simplement remplacé les ouvriers ajusteurs et les tailleresses, qui ont donc dû être tous « reclassés ».

  Mais pourquoi ce reclassement « obligatoire » ? Ces hommes et ces femmes avaient le même statut que les officiers de la Maison du roi. En qualité «  d’officiers de fabrication des Monnaies  », ils détenaient une part importante du pouvoir régalien du roi : celui hautement symbolique de battre monnaie. De plus, ils constituaient un corps au service des rois de France depuis le Moyen Âge. Il était donc délicat de renvoyer une partie des effectifs sans motif « valable ». On les chargea par conséquent de l’ajustage des flans avant leur impression, travail réalisé à l’aide de limes appelées écouennes.

  Le progrès technique supprimant ici des tâches et donc des postes, la question du maintien des femmes au sein de l’atelier a cependant dû assurément se poser. La mécanisation de la production monétaire a occasionné la création de doublons d’ouvriers (ajusteurs et tailleresses) sur une même action – l’ajustage. Or, la Monnaie de Paris étant presque exclusivement masculine, les hommes n’allaient sûrement pas se sacrifier sur l’autel du progrès technique : s’il devait y avoir sacrifice humain il devait être féminin.

  Comment alors l’atelier a-t-il géré cette affluence de personnel disponible ? Les tailleresses ont-elles été le dommage collatéral de l’introduction du progrès technique au sein de l’atelier? La main d’œuvre féminine est-elle devenue une main-d’œuvre d’ajustement et/ou a-t-elle été progressivement, au cours du siècle et demi étudié, cantonnée au rôle de ventre reproducteur des effectifs masculins du corps des officiers de fabrication de l’atelier ?

 Mars 2015:

"Permanence de l’atelier monétaire de Sens sous les Carolingiens" par Eric Vandenbossche

 Au XIXe siècle, les numismates pensaient que l’atelier monétaire de Sens, n’avait frappé de monnaies que ponctuellement d’abord sous Louis le Pieux, puis avait ré-ouvert sous Charles le Chauve. Le peu de monnaie retrouvée laissait penser à une petite production. Or, depuis grâce à différentes trouvailles on découvre que cet atelier, déjà utilisé par l’église de la cité et ses archevêques à l’époque mérovingienne, a perduré sous les premiers carolingiens Pépin le Bref, Charlemagne. Puis a pris son essor sous Louis le Pieux d’abord avec les monnaies au portrait puis à la légende bilinéaire enfin avec les monnaies au temple. Jusqu’à présent ces dernières ne pouvaient être attribuées à des ateliers en particuliers mais grâce aux travaux de Simon Coupland on peut désormais distinguer la production de l’atelier sénonais. On s’aperçoit alors que cette production et loin d’être marginale et que l’atelier en question, sans être de l’importance de Melle, Dorestadt ou Quentovvic, est parmi les dix plus important de l’empire. Ensuite, lors du partage de l’empire, Charles le Chauve reprend l’atelier qui fonctionnera durant tout son règne, produisant entre autres des monnaies au temple, puis des monnaies à la légende chrétienne (GDR) ; l’atelier étant cité dans l’édit de Pîtres en 864.

Même si l’on ne connait pas de monnaies de Carloman II, l’atelier est toujours actif sous le Robertien Eudes et passe vers 895 sous la domination du duc de Bourgogne Richard le Justicier qui frappe là les premières monnaies féodales. Son fils Raoul qui deviendra roi de Francie en 923 frappera à ce titre à Sens ce que l’on peut considérer comme la dernière monnaie « carolingienne » de l’atelier ; la production devenant définitivement féodale après sa mort en 936.

 

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