VIDÉOS

Conférence de la SÉNA du 7 février 2021  :

Jean-Denis Lafitte :   Les monnaies de soldats et de guerres de la forteresse frontalière luxembourgeoise et française de Rodemack en Moselle

Les campagnes de fouilles réalisées de 2011 à 2014 ont livré 279 monnaies, jetons et objets monétiformes, dont 254 monnaies du Xe au XVIIIe siècle, 18 jetons de comptes et commémoratifs et 7 poids monétaires (Les monnaies du site antiques, au nombre de 22, font l’objet d’une étude séparée).

L’analyse globale de ce lot issus de la fouille et de la détection métallique nous donne des informations sur la circulation monétaire du X e s. au début du XIXe s., en cohérence avec l’occupation du site fortifié du Burg de Rodemack et son histoire féodale, militaire et frontalière.

Le site fouillé a fourni 245 monnaies identifiées et datées par la frappe (TPQ frappe) et par la date estimative de perte (DEP) prenant en compte leur taux de frai.

Ce lot est constitué de monnaies perdues, très majoritairement de faible valeur métallique (cuivre, alliage cuivreux, billon) et plus rarement en argent ou exceptionnellement en or.

La circulation du numéraire étranger est remarquable ici, elle représente environ 20 % du lot, le restant étant partagé entre les monnaies royales françaises, majoritaires avec 55 % (témoins du passé de la citadelle royale), et les monnaies régionales lorraines, messines et luxembourgeoises, 25 %.

La variété de l’origine des ateliers monétaires, de l’aire germanique, depuis la Saxe jusqu’en Suisse et en Autriche, notamment, ainsi que de l’aire belge, est remarquable.

Elle traduit un brassage et une large circulation européenne autour du carrefour Rhin-Moselle que constituent le duché du Luxembourg et ses places fortes de Luxembourg-ville, et secondairement Thionville et Rodemack. Celles-ci étant convoitées par les puissances belligérantes que sont le royaume de France et le Saint Empire germanique, qui se sont affrontées régulièrement sur une frontière fluctuante, du XVe s. au XIXe s.

Chaque conflit, siège et combat militaires ont laissé des indices matériels du passage des troupes défendant ou attaquant cette place stratégique, comme des armes et munitions, des objets de la vie courante et des équipements des soldats, ainsi que des monnaies perdues de leur solde en rapport avec leur origine. L’analyse numismatique couvre quatre siècles des temps féodaux du Moyen Âge (XI e au XIVe s.), suivis de quatre siècles de conflits européens (XVe au XVIIIe s.), les plus guerriers qu’ait connu ce site disputé.

 

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Conférence de la SÉNA du 8 janvier 2021 

Josette Galiègue, conservateur en chef honoraire Sylvie Harburger, fille de l’artiste, auteure du Catalogue raisonné

" Francis HARBURGER : À la découverte d’un artiste aux talents multiples "

Francis Harburger, né le 17 février 1905 à Oran (Algérie), arrive à Paris en 1921. Élève de l’École nationale des Arts décoratifs puis des Beaux-arts, il est en 1928, le premier peintre, pensionnaire de la Casa Velázquez de Madrid. Après un premier atelier rue Campagne Première à Montparnasse, il s’installe à Montmartre en 1933. En 1940, il subit les lois antisémites de Vichy et quitte Paris pour Alger. Après la guerre, Harburger s’engage dans de nouvelles recherches artistiques. Une importante exposition organisée par les musées de Roubaix, Beauvais et Trouville-sur-Mer en 2008-2009, met en valeur son œuvre. Francis Harburger, formé au double cursus de l'art décoratif et des beaux-arts maîtrise de nombreuses pratiques plastiques. Il réalise en 1977 une médaille pour La Monnaie de Paris.

 

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Conférence de la SÉNA du 4 décembre 2020

Jean-Patrick Duchemin (Université de Lille)

" Les dépôts de monnaies en sépultures : archéologie d’un rite "

Depuis de nombreuses années, l'étude des monnaies découvertes en contextes funéraires butte sur un écueil : les éléments textuels sur l'obole à Charon suffiraient à expliquer les pratiques effectivement constatées de façon directe lors de la fouille de sépultures. Or, l'importante variabilité des faits observés, dans le temps, l'espace ou les aspects précis attestent bien qu'une étude concrète basée sur des observations archéologiques précises est nécessaire pour documenter ce fait archéologique. En effet le raisonnement circulaire lié à la notion « d’obole », héritage d'une vision ancienne constitue de fait une impasse pour qui souhaite réfléchir aux pratiques rituelles des sociétés passées.

La qualité de l'investigation vers laquelle tend aujourd’hui l’archéologie rend accessible bon nombre de vestiges correspondant aux traces matérielles laissées par les activités rituelles. C’est à partir de ces traces que nous proposons aujourd’hui de baser nos raisonnements. Toutefois, la multiplicité des attitudes que l’archéologie met en évidence risque de rendre cette reconstruction des pratiques religieuses décevante si l’on continue de faire appel pour leur interprétation à des théories dépassées, plutôt que de poser aux faits matériels des questions pertinentes. Il convient donc de travailler désormais avec des concepts théoriques correctement redéfinis qui permettront d’éviter à la fois contresens et anachronismes.